17.08.2007
EUX DEHORS… MOI DEDANS
Désormais, je ne fuis plus. »
En effet si le quotidien des délinquants et des prisonniers est présenté de manière directe, dans toute son horreur, il demeure toujours un fond d'humanité qui apporte un peu de lumière dans ces ténèbres.
J’ai regardé comme beaucoup l’émission de Delarue »L’amour au delà des barreaux
"Témoignage d'un détenu"
CE MONDE HORS DU MONDE
J'ai toujours été sensible aux problèmes d'exclusion et la prison représente, à mes yeux, le lieu de l'exclusion par excellence.
Un jour, j'ai regardé une émission d' « Envoyé spécial » avec un médecin qui dans son cabinet soignait deux mères : la mère de la victime et la mère de l'assassin. Il en avait conclu que la douleur existait des deux côtés et que les deux familles souffraient. Il s'est mis à écrire à des détenus incarcérés aux Etats-Unis dans les « couloirs de la mort ». Cette émission a été le déclic. Le lendemain, j'ai fait des démarches pour devenir visiteuse de prison.
J'y allais toute les semaines, une journée entière ou une demi-journée. Au départ, il faut passer par les travailleurs sociaux du SPIP (Service Pénitentiaire d'Insertion et de Probation) qui vous indiquent les détenus à rencontrer par rapport à votre profil. Puis le visiteur présente son autorisation de visite et un surveillant appelle le détenu. Notre rencontre dure autant de temps que nous le souhaitons. En réalité, le détenu qui vit dans des conditions inhumaines dans sa cellule vient vous voir uniquement pour échapper à ses quatre murs et à ses co-détenus. Ce sont les détenus qui demandent à rencontrer les visiteurs de prison. Et il parle parce qu'il ne parle à personne d'autre. Avec ses collègues, ils se bagarrent plus qu'ils ne parlent et beaucoup ne reçoivent aucune visite. Du coup, si on les écoute, qu'on est sincère, ils parlent énormément. Ils ont besoin d'être entendus. Vous êtes une bouffée d'oxygène pour eux. Vous leur apportez quelque chose du dehors alors qu'ils ne connaissent que l'enfermement. Je voulais aussi comprendre pourquoi ils avaient transgressé les règles, quitte à tuer
Au départ, on fait de l'angélisme et on a l'impression qu'on va sauver le monde. Avec le temps, on acquiert un œil professionnel et on ne se leurre plus. On sait faire le tri entre ce qu'ils veulent bien nous raconter et la réalité. Dans la plupart des cas donc, j'ai réalisé que je ne pourrai pas les aider à penser différemment. D'une part à cause de leur manque de repères éducatifs et sociaux, d'autre part à cause de leurs conditions de vie.
J'ai été frappée de constater que la plupart étaient issus de familles soit défavorisées, soit de parents qui n'avaient pas su leur donner des règles et des limites. A les entendre, c'est à cause de cela qu'ils ont mal tourné. Et pourtant ils n'éprouvent pas de rancœur et restent très attachés à leur famille même s'ils n'ont pas de nouvelle. Ils n'en ont pas non plus parce qu'ils ont honte d'être en prison et n'ont pas averti leurs proches. Paradoxalement, la plupart n'éprouvent pas de remords quant à leurs actes et ils disent toujours que ça n'est pas de leur faute. C'est à cause, je l'ai dit, de leur manque de définitions de bien et de mal et aussi à cause du milieu carcéral où la violence est reine. Pour survivre, il faut être fort et avoir de l'argent. Dans cette spirale infernale, où les détenus sont perpétuellement en train de se défier sur le terrain de violence (en actes et en paroles), le regret, le remord et le repentir sont du domaine de la lâcheté. Si un détenu ne se conforme pas aux codes de la prison, il est humilié physiquement et psychologiquement par les autres. Il ne peut faire autrement que de se plier à ces « règles de vie » pour sa survie. Nier ses fautes fait partie du comportement carcéral. Par ailleurs, très peu ont osé me parler des rackets et des viols qui sont monnaie courante en prison. Mais ça reste tabou et rares sont ceux qui en parlent par peur de représailles. De plus, ils sont bourrés de médicaments au point d'être groggy et à passer une bonne partie de leur temps à dormir ou à regarder la télévision. Véronique Vasseur qui a été médecin chef de la Santé a dénoncé toutes ces situations dans son livre « Médecin chef à la prison de la Santé » (éditions de Poche). Le seul échappatoire qu'on leur propose, sur la base du volontariat, sont différentes activités : poterie, remise à niveau scolaire, informatique, théâtre, … Mais faute de places, tous les volontaires ne peuvent y participer. Les détenus peuvent aussi rencontrer les aumôniers et aller à la messe.
Pour moi, il ne fait aucun doute que la prison détruit la nature humaine. Elle crée de la misère sociale. Je suis très pessimiste quant à la réinsertion sociale de ceux qui quittent la prison. Ceux qui s'en sortent sont ceux qui ont une famille solide qui les épaule et les accueille après-coup. La question des sorties de prison en fin de peine, sans suivi psychologique, est un réel problème. Le détenu a désappris à vivre en société, il n'a plus de repère et n'a souvent personne, ami ou famille, pour le guider dans cette nouvelle vie. Il sort « paumé » avec pour seuls bagages la violence et la haine. Sans accompagnement, il est voué à la récidive. Je vous cite Platon : « La peine ne doit pas tirer vengeance du passé, mais préparer l'avenir. »
Le suivi des détenus par les travailleurs sociaux est assez difficile puisque ces derniers sont en nombre insuffisant. La reconnaissance et le bénévolat en prison ne vont pas ensemble.
20:25 Publié dans Débat, Justice, Prisons | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : prisons, justice, média






.gif)






















Les commentaires sont fermés.