22.02.2007

LIBERTE Dans notre sacré société..

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LIBERTE

De quel droit mettez-vous des oiseaux en cage ?

De quel droit ôtez-vous ces chanteurs aux bocages,

Aux sources, à l'aurore, à la nuée, aux vents ?

De quel droit volez-vous la vie à ces vivants ?

Homme crois-tu que Dieu, ce père, fasse naître L'aile pour l'accrocher au clou de ta fenêtre ?

Ne peux-tu vivre heureux et content sans cela ?

Quest-ce qu'ils ont donc fait tous ces innocents-là Pour être au bagne avec leur nid et leur femelle ?

Qui sait comment leur sort à notre sort se mêle ?

Qui sait si le verdier qu'on dérobe aux rameaux,

Qui sait si le malheur qu'on fait aux animaux

Et si la servitude inutile des bêtes Ne se résolvent pas en Néron sur nos têtes ?

Qui sait si le carcan ne sort pas des licous ?

Oh ! de nos actions qui sait les contre-coups,

Et quels noirs croisements ont au fond du mystère

Tant de choses qu'on fait sur la terre ?

Quand vous cadenassez sous un réseau de fer

Tous ces buveurs d'azur faits pour s'énivrer d'air,

Tous ces nageurs charmants de la lumière bleue,

Chardonneret, pinson, moineau franc, hochequeue,

Croyez-vous que le bec sanglant des passereaux

Ne touche pas l'homme en heurtant ces barreaux ?

Prenez garde à la sombre équité. Prenez garde !

Partout où pleure et crie un captif, Dieu regarde,
Ne comprenez-vous pas que vous êtes méchant ?

A tous ces enfermés donnez la clé des champs !

Aux champs les rossignols, aux champs les hirondelles ;

Les âmes expieront tout ce que l'on fait aux ailes.

La balance invisible a deux plateaux obscurs.

Prenez garde aux cachots dont vous ornez vos murs !
Du trillage aux fils d'or naissent les noirs grilles ;

La volière sinistre est mère des bastilles.

Respect aux doux passants des airs, des prés, des eaux !

Tout la liberté qu'on prend à des oiseaux

Le destin juste et dur le reprend à des hommes.

Nous avons des tyrans parce que nous en sommes.

Tu veux être libre, homme ? et de quel droit, ayant Chez toi le détenu, ce témoin effrayant ?

Ce qu'on croit sans défense est défendu par l'ombre.

Tout l'immensité sur ce pauvre oiseau sombre

Se penche, et se dévoue à l'expiation.

Je t'admire oppresseur, criant : oppression !

Le sort te tient pendant que ta démence brave

Ce forçat qui sur toi jette une ombre d'esclave

Et la cage qui pend au seuil de ta maison

Vit chante, et fait sortir de terre la prison.


Victor HUGO

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